... Bien oui... Ça se fait!On m’a encore fait parvenir une de ces histoires d’horreur, comme celles que je reçois à la tonne, celle du bébé perroquet cédé à l’âge de 2 mois à un néophyte qui sans le savoir a causé des torts incroyables à l’oisillon, simplement parce qu’il avait envie d’acquérir le perroquet le plus jeune qui soit et que l’éleveur n’a rien fait pour l’en dissuader. Ce petit, après un passage forcé à l’hôpital vétérinaire (pour sous-alimentation et bactéries diverses) a aujourd’hui développé cette manie si caractéristique du gris d’Afrique « de compagnie » : le picage (de tout son petit corps) et ce… à l’âge de 3 mois…. Grrrr….
Vous qui me lisez connaissez bien ma position sur les méthodes d’élevage contemporaines de nos perroquets que nous chérissons tant. Je veux naturellement parler de la
méthode tordue du nourrissage à la main (EAM), qui ne sert en rien (mais alors pas du tout) à la socialisation du jeune perroquet, mais en contrepartie, profite copieusement au porte-monnaie de l’éleveur qui n’hésite pas un instant à retirer les oisillons de la rassurante et essentielle présence des parents naturels pour (bien oui) se substituer à ces derniers. Ce qui nous produit systématiquement (d’une manière absolue et constante) un oisillon totalement imprégné à l’humain, c’est-à-dire, reconnaissant « filialement » l’humain comme étant l’espèce à laquelle il appartient (ce qui n’augure rien de bon pour l’avenir de junior).
Lorsque je dis « profite à l’éleveur », il faut comprendre que le perroquet fait partie des espèces à maturité très longue, qui ont conséquemment une longue période de dépendance juvénile et dont les parents prennent soin attentivement pendant plusieurs mois. Conséquemment, peu d’espèces sont prêtes à entamer une seconde nichée dans l’année (ce qui au bout du compte ne rapporterait à l’éleveur qu’une production de 2 ou 3 oisillons par couple et par année…) pas très rentable ça!
En retirant les oisillons du nid ou plus radicalement les œufs dès la ponte pour les placer en incubateur, il sera naturel pour cet animal proie qu’est le perroquet (qui est programmé pour réagir à la prédation en remplaçant sa couvée perdue) de refaire une nouvelle nichée peu de temps après la disparition de la première. Si l’éleveur agit de la sorte 2 ou 3 fois dans l’année, bien voilà, il vient de doubler ou même tripler sa « production de bébés » pour l’année, et par le fait même, doubler ou tripler les profits… Je peux comprendre la prise en charge de l’oisillon dans le cas d’un (réel) sauvetage, lorsque les parents, par manque d’expérience ou perturbés par la captivité, mettent en péril la vie de l’oisillon (comme ça se fait chez les chiens), mais ce genre d’intervention devrait demeurer dans le domaine du marginal et non pas être une pratique méthodique et appliquée selon des règles édictées depuis nombre d’années par des éleveurs de l’ère du jurassique.
Le plus révoltant de l’histoire (de profits), c’est qu’encore plusieurs éleveurs ne procèdent d’aucune déontologie et cèdent l’oisillon à peine emplumé et certainement non sevré, à des clients (sans expérience on s’en doute bien) en leur vendant les mêmes foutus clichés éculés (mais qui fonctionnent encore si bien) - « il est nourri à la main, il est donc apprivoisé à l’humain » - « si vous le nourrissez vous-même, il va s’attacher encore plus à vous » et blablabla… Un lecteur m’a même avoué ne pas avoir eu le choix de prendre son petit ara à deux mois (même pas emplumé) parce que l’éleveur l’avait menacé de céder l’oiseau (réservé depuis plus d’un an) à un autre client intéressé… Ce genre de chantage ne se passe pas au Zaïre ou au Gabon, ça se passe ici chez nous au Québec!! Quelle honte!
1. Un perroquet imprégné (EAM) n’est pas un perroquet apprivoisé… c’est un perroquet dont l’identité sera perturbée jusqu’à la fin de ses jours!
2. Le perroquet n’est pas sensé avoir de pulsions sexuelles avec un individu d’une autre espèce (l’humain). Chez les perroquets, la formation du couple ne s’accomplit pas arbitrairement : c’est (normalement) l’accouplement entre phénotypes semblables qui assure un appariement positif. Cette sélection provient de l’EMPREINTE SEXUELLE et de l’ISOLEMENT SPÉCIFIQUE (qui chez l’EAM, est bien entendu… humain).
3. Pour les amateurs qui auraient envie de nourrir et sevrer eux-mêmes leur petit perroquet afin que plus tard, cet oiseau soit fou de vous et qu’il vous choisisse en tant qu’humain chouchou « conjoint », retenez ces quelques règles (vraiment de base) :
a) Le perroquet qu’il soit captif ou libre, choisira comme compagnon de vie un individu apparenté,
mais pas trop étroitement.
b) Chez les perroquets, un
mécanisme anti-inceste évite que les frères et sœurs, parents et rejetons ne s’accouplent, et ils ne manifesteront aucune intention ou activité sexuelle envers un individu qui leur est trop apparenté (ces mécanismes demeurent obscurs pour les éthologistes : les chercheurs parlent de reconnaissance de la parentèle, ou d’inhibitions sociales).
c) Alors dites-vous (une fois pour toutes) que si vous faites figure de « parent » pour votre petit perroquet, vous ne pourrez alors jamais faire l’affaire en tant que « conjoint »… il risque de regarder tout simplement ailleurs, vers un autre humain (puisqu’il est imprégné) … Alors, il ne vous restera que vos larmes pour pleurer… Vous aurez tout loupé et sur toute la ligne!
À quoi ça sert l’imprégnation?Bien oui, l’empreinte (l’imprégnation) ça sert à quelque chose… Non ce n’est pas une nouvelle originalité de ma part (comme certains de mes épistolaires éleveurs le suggèrent)…
Je vous la joue scientifique (paraît que ça a son importance) :
Éthologie : L’empreinte désigne la PERSISTANCE et la STABILITÉ EXTRÊME qui caractérisent les préférences
acquises au cours de la phase sensible du jeune perroquet.
L’empreinte protège les
informations biologiques importantes relatives au caractère de l’espèce et son
irréversibilité protège les acquis de la phase sensible … afin qu’ils ne soient pas occultés par des expériences ultérieures inadéquates pour la survie de l’espèce.
L’impression filiale induit l’empreinte sexuelle de l’oiseau (caractéristique du parent, de l’espèce).
L’empreinte fait partie de l’instinct de survie des animaux et qu’on se le dise une bonne fois pour toutes… elle est irréversible!
Photo provenant de Mme Sylvie Ageon-Fabre de Murs en France qui me précise dans son courriel :
« Voici pour éventuellement servir vos travaux la photo de mes deux kakarikis à front rouge : Sailor et Lula. Sur la photo ils ont deux mois et ... ils ne sont PAS EAM, ni manipulés au nid, ils sont simplement curieux, pas peureux et tellement sociables ! »
Voilà Madame Ageon-Fabre, votre photo va servir (je le souhaite) à démontrer qu’il est aussi possible et facile d’apprivoiser de jeunes perroquets (avec une identité de perroquet) qu’il est facile et naturel de le faire avec un chiot ou un chaton qui pourtant, ont reçu une imprégnation à leur propre espèce et qui ont eu la chance de passer le temps qu’il fallait avec leur mère. Merci beaucoup (énormément) pour votre témoignage et cette magnifique photo de vos petiots :-)
L’imprégnation pathologique du perroquet EAM à l’humain est la
SOURCE MÊME de la plupart des problèmes du comportement que développera « le perroquet de compagnie » en grandissant et, à ce phénomène, aucune éducation (même la plus positive qui soit) ou clicker, ni même votre présence ou la tonne de jouets que vous offrirez à Coco ne pourra rien y changer. Les seuls qui peuvent y changer quelque chose sont les éleveurs qui refuseront d’infliger un tel traitement aux oisillons, ainsi que vous, M et Mme client, qui refuserez de céder au chantage d’un éleveur véreux et cynique.
Aucun animal ne mérite d’être traité de la sorte, on ne traite pas un chien comme ça… alors, pourquoi l’accepter avec les perroquets, je vous le demande. Est-ce qu’on retire le chiot non sevré à sa mère pour le nourrir soi-même afin qu’il soit plus gentil avec l’humain? (Bien non, et anyways, il n’y aurait aucun avantage puisque l’éleveur devra tout de même attendre les prochaines chaleurs de la chienne;
ce qui n’est pas du tout le cas chez les perroquets).
Un chiot dont l’imprégnation serait pathologique (à l’humain) développerait les mêmes problèmes de comportement que nos perroquets! C’est connu et reconnu chez les chiens, alors, pourquoi diable se refuse-t-on à le reconnaître chez les perroquets?
Le lobbying des éleveurs est fort, très fort. Il ne faut surtout pas contrarier l’éleveur (certains sont d’un genre (réellement) irascible et vindicatif) qui veut continuer son petit commerce en paix et surtout, que personne ne vienne mettre son nez dans ses affaires. Le bien-être de l’oisillon qu’il va fourguer à l’amateur plein d’amour et de bonne volonté, mais totalement inapte à prendre en charge le sevrage ou la socialisation de son petit trésor à plumes… Ça rapporte combien ça??? Rien? … Alors, qu’est-ce qu’on en a à foutre ???
Une lectrice (Mme Marie Ducrocq) m’a déjà écrit que
mon texte sur l’EAM était courageux, justement parce que l’influence des éleveurs est très forte dans le milieu des perroquets.
Je ne sais pas, Mme Ducrocq, si c’est du courage ou une « écoeurantite aiguë » de ma part, et même si ça m’attire les foudres de tous ces « embecqueurs à la main » qui se disent professionnels (on est professionnel quand on vend un produit bien fait et surtout… fini), je vais continuer de dénoncer cette situation. Parce que je suis découragée de voir de jeunes perroquets complètement inadaptés à leur milieu et de devoir soutenir ces « propriétaires » de perroquets qui s’auto-flagellent en se répétant qu’ils ont mal fait, qu’ils ne sont pas de bons « parents » et qui culpabilisent à mort chaque fois que leur perroquet s’arrache une plume de plus ou hurle à fendre l’âme lorsqu’ils quittent son champ de vision.
Non, les comportements inadaptés de vos perroquets ne découlent pas tous de vos interactions avec vos oiseaux, loin s’en faut….La source est trop souvent beaucoup plus profonde.
Apparemment (et fort heureusement), ce ne sont pas tous les éleveurs qui agissent de la sorte. Avant-hier, j’ai eu une très réjouissante surprise : un certain M. Partick Laffont est venu se présenter à moi par courriel et, croyez-le ou non, ce monsieur serait un éleveur qui respecte assez ses oiseaux pour laisser parents et progéniture vivre ce qu’ils ont à vivre ensemble… C’est un extra terrestre ou quoi ce type…?
Sur son site
Perrok World M. Laffont nous dit même que ce n’est pas du tout compliqué pour lui et je le cite :
« Le principe de la manipulation au nid repose essentiellement sur un concept très simple qui consiste à laisser au couple de reproducteurs (les parents) le soin de nourrir et d’élever leur progéniture de manière naturelle tout en permettant à l’éleveur d’avoir une approche sociabilisante des poussins.
Le deuxième principe fondamental réside dans le fait que ce travail sera réalisé à proximité immédiate du nid afin qu'il associe l’homme au mieux à un membre de son groupe social, au pire à un objet non dangereux. Ces deux principes sont mis en œuvre selon des moyens très simples : le toucher et la parole. »De plus, il semblerait que cette façon de faire lui soit beaucoup moins contraignante en tant qu’éleveur :
« Peu de contraintes liées aux horaires, au matériel, à la surveillance… - Résultats d’imprégnation proches de l’EAM » (je crois qu’il veut dire apprivoisement).
Et le plus merveilleux de l’affaire… il y voit même des avantages qui ne sont pas d’ordre pécuniaire, mais qui découlent plutôt de la compassion et du respect de ses perroquets (un extra-terrestre je vous dis) :
« Méthode très douce de sociabilisation. - On maintien l’oiseau dans un contexte d’élevage naturel, en laissant le soin aux irremplaçables parents d’élever leur progéniture. - Il n’y a aucun risque pouvant mettre en danger le poussin manipulé (hormis peut-être de le laisser chuter) - Le MAN ne justifie pas un surcoût important à la cession puisqu’il n’y a pas d’arguments en ce sens. Le temps passé à la faire, c’est du plaisir. »
N’allez surtout pas croire que je sois la « green » totale qui fait une pub d’enfer à un monsieur qu’elle ne connaît même pas. En fait oui, je le suis un tout petit peu, mais depuis le temps qu’on me demande des références d’éleveurs qui travaillent en respectant la nature des oiseaux qu’ils élèvent, pour une fois qu’il y en a un qui se présente, je vais me gêner tiens!
Le préambule est alléchant M. Laffont, il me fait présager d’un bel avenir pour nos perroquets et je nous souhaite que vous ne cédiez jamais à l’appât du gain (ce qui me ferait regretter amèrement ma petite
« pub de greeny » ).
Pour les éleveurs où éventuels adoptants qui voudraient discuter avec M. Laffont, celui-ci offre un forum de discussion sur son site Internet. Alors, pourquoi ne pas y faire un petit détour … juste
ici Si, comme M. Laffont, il y a d’autres éleveurs qui agissent avec compassion envers nos oiseaux chéris, faites-vous connaître que diable…. On attend que ça nous! Je n’ai aucune inhibition à me transformer en reine de la « plug » quand ça vaut le coup!
Dans un autre ordre d’idée;
Je voudrais demander à tous ceux qui m’ont écrit dans la section « Parlez à Johanne » de prendre un ti-peu leur mal en patience. Depuis la publication du « Parlez à Johanne », je déborde littéralement… J’ai reçu énormément (vraiment énormément) de courriels et je ne fournis pas à la tâche. Je réponds personnellement à chacune des lettres dans leur ordre d’arrivée, alors, je répondrai aussi à la votre soyez-en assuré. Ce w-e, je dois rentrer mes fleurs (pas le choix, il commence à geler ici) et m’activer au jardin, mais promis, je m’y remets dès lundi matin :-) Bonne fête de l’Action d Grâce!